Ils vont devoir jeter de la bière de Noël.

Confinement : Les brasseurs vont-ils encore devoir jeter leur bière (de Noël) ?


  • Comme de nombreux secteurs, les brasseurs sont inquiets. Pendant cette période hivernale, ils devaient écouler leur bière de Noël. Sauf que les bars et restaurants sont fermés…

  • En attendant, les brasseurs ont mis en fût des millions d’hectolitres.

  • Que vont-ils en faire ? Comme après le premier confinement, ils pourraient être contraints de jeter du précieux liquide.

Les coffrets cadeaux ont investi les rayons. C’est de saison, la traditionnelle bière de Noël est arrivée un peu partout dans les magasins. Sauf là où elle se consomme le plus. Pendant les manifestations et surtout dans les bars et restaurants, dont les rideaux ont été tirés avec le confinement.

« Pour nous, ces annulations et ces fermetures sont une véritable catastrophe », résume Edouard Haag, directeur de Meteor, dans le Bas-Rhin. Sa brasserie a sorti cette année 10.000 hectolitres de cette boisson plus épicée qu’une Pils classique. Soit un cinquantième de la production annuelle. « Dit comme ça, ça ne semble pas énorme mais la bière de Noël est un moment important de l’année pour tous les producteurs, surtout dans des mois où on boit moins de bière », insiste le dirigeant.

L’an dernier, 12 millions de litres avaient ainsi été écoulés en France. « Souvent conditionnés en fûts pour les cafés et restaurants », rappelle le syndicat des Brasseurs de France, inquiet de la situation de ses adhérents. C’est en ce sens que son président, Matthias Fekl, a interpellé le Premier Ministre la semaine dernière. « La filière souhaite également que le gouvernement organise une réunion de crise en urgence sur la période de Noël afin de voir comment aider les brasseurs et les autres secteurs touchés de plein fouet », écrit-il dans un communiqué.


"On ne voit pas le bout "

« La période est vraiment compliquée. On a déjà réussi à passer le premier confinement avec les emprunts d’Etat et en puisant dans les réserves mais là, c’est pire. On ne voit pas le bout de ce nouvel arrêt », réagit Eric Trossat, président des Brasseurs d’Alsace, la région qui produit le plus de bière en France, soit 45 % des 22 millions d’hectolitres annuels.

Celui qui a lancé la marque Uberach en 1999 n’est pas le plus touché actuellement. La raison est simple : « Je n’ai pas une grosse présence dans les cafés-restaurants, ça ne représente que 10 % de mes volumes. Mais pour certains, ça peut aller de 30 % à 50 %… » On en revient là à Meteor, même si l’entreprise d’Hochfelden avait un peu anticipé le désastre à venir.

« D’habitude, sur notre bière de Noël, on met 3.000 de nos 10.000 hectolitres en fûts. Là, on avait moins de commandes de la part de nos distributeurs donc on en a mis “que” 1.500 hectolitres, reprend Edouard Haag. Malgré tout, ce n’est pas négligeable, il faut réussir à les écouler assez vite car personne n’en boit généralement après Noël. »

Vers une « solidarité » des consommateurs ?

Comment ? En remettant en bouteille la bière des fûts de 30 litres ? « Ce n’est pas possible, on ne peut pas garantir pour ce type d’opération », répond Eric Trossat, qui écarte aussi la possibilité de ressortir la cuvée 2020 en 2021. « Sa typicité s’estompera, ce ne sera plus le même produit. »

Non, Edouard Haag en appelle d’ores et déjà à une certaine « solidarité » de la part des consommateurs. « Ça va devenir une bière d’hiver, non plus de Noël, mais j’espère que les gens sauront nous aider quand cela sera de nouveau possible. » Sinon ? De nouvelles destructions du précieux liquide pourraient avoir lieu. Après le premier confinement, 10 millions de litres avaient dû être jetés, faute de débouchés. « J’ai peur que tous les brasseurs aient trop de choses à vendre en janvier… », conclut Eric Trossat.


9/11/2020Articles de presse rassemblés et relayés par Patrice LEVANNIER



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