Les viticulteurs et brasseurs face à une pénurie de bouteilles

La surchauffe de l'économie mondiale et l'invasion russe en Ukraine font craindre aux exploitants une pénurie de bouteilles en verre. Si les délais de livraison sont beaucoup plus longs, le prix des fournitures a aussi fortement augmenté et met parfois en péril la production

Dominique Sialelli ne le cache pas : "Nous sommes face à un risque réel de rupture de production." Le fondateur de la Brasserie Pietra craint le pire. Depuis plusieurs semaines, ce chef d'entreprise voit les fournitures arriver au compte-goutte dans sa brasserie, à Furiani. Va-t-il bientôt manquer de bouteilles de bière ? Car il ne s'agit pas du contenu mais bien du contenant. Dans un contexte de crise internationale, la bière, comme le vin et bien d'autres productions, n'est plus à l'abri des soubresauts de l'économie mondiale.



La reprise en mode accéléré de l'activité au sortir de la pandémie de Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine agitent le spectre d'une pénurie de bon nombre de matières premières, dont le verre. Compliqué à gérer pour une brasserie qui commercialise quelque vingt millions de bouteilles en moyenne chaque année. "Même si nos bouteilles ne proviennent pas d'Ukraine, l'arrêt de la production dans ce pays, qui est un gros producteur dans ce domaine, a mis le marché sous tension, explique Dominique Sialelli. Nous avons mis en place un plan d'approvisionnement pour essayer de passer la saison estivale au mieux mais chaque commande est une aventure, d'autant que le marché des canettes est lui aussi très tendu."

"Cela va se répercuter sur le prix de vente…"

Les livraisons ne sont pas seules en cause, car le verre est aussi devenu très cher. Le prix des bouteilles a augmenté de 13 % depuis janvier dernier et les prévisions laissent entrevoir une hausse de l'ordre de 26 % d'ici la fin du premier semestre 2022. Dans la plaine de Macinaghju, où son vignoble s'étend sur une dizaine d'hectares, Sébastien Luigi fait lui aussi face à cette difficulté. Le vigneron du Clos Nicrosi a constaté un retard de plus d'un mois pour la livraison de ses bouteilles en verre, finalement arrivées à bon port. Au regard du volume de production de cette exploitation familiale

"On s'attendait à ce type de difficultés donc nous avons été prévoyants, indique Sébastien Luigi. L'impact sera sans doute encore plus important début 2023. Forcément, toutes ces hausses de coûts vont se répercuter sur le prix de vente. Nous l'avons augmenté d'un euro et, malgré cela, nous perdons huit centimes…"

Dans un contexte pour le moins incertain, l'anticipation est de rigueur. Faute d'alternative, les producteurs se sont résolus à prendre les devants pour ne pas désorganiser la chaîne de production. "Pour le moment, nous avons été fournis mais nous avons dû, d'ores et déjà, passer commande pour 2023, fait savoir Nadine Montemagni, qui dirige le domaine viticole du même nom, à Patrimoniu. C'est la première fois que nous sommes obligés de procéder ainsi, sans avoir la certitude d'être livrés et avec très peu de visibilité sur les prochaines hausses. Nous avons déjà été contraints d'augmenter les prix de vente pour compenser ces coûts de production supplémentaires mais notre marge, elle, reste la même.

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"C'est très difficile de se projeter"

A priori, la viticultrice, qui produit quelque 300 000 unités par an avec le Domaine Montemagni, ne devrait pas manquer de bouteilles pour y verser son vin dans les prochains mois. Mais la crainte demeure, car cette difficulté s'ajoute à d'autres charges qui pèsent de plus en plus lourd. Emballages en carton, capsules, étiquettes… au-delà de la disponibilité, la flambée des prix impacte l'essentiel des fournitures.

"En termes de délais et d'approvisionnement, c'est très difficile de se projeter, notamment pour les plus grosses structures, observe Mathieu Marfisi, le président de l'AOC Patrimoniu. Mises bout à bout, ces hausses de quelques centimes ont des conséquences importantes. Même si elle impacte un peu moins les petites exploitations avec de faibles volumes, la situation est critique. D'autant plus qu'elle risque de durer…"

17 Mai 2022, les articles de presse rassemblés et relayés par Patrice LEVANNIER




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