Querelles arabes autour de la bière


La consommation d’alcool sera strictement encadrée lors de la Coupe du monde de football au Qatar, après que la célébration de la Fête de la bière a suscité de vives polémiques dans certains pays arabes.


C’est dans le sud de l’Egypte, à Abydos, qu’a été découverte la plus ancienne brasserie du monde. Active il y a plus de cinq mille ans, elle disposait d’une capacité de production de plus de vingt mille litres en continu. Des tablettes contemporaines documentent alors en Mésopotamie différentes catégories de bière, répertoriées en « dorée », « sombre », « rouge » ou filtrée. C’est l’époque où la cité de Sumer révère une déesse de la bière, dénommée Ninkasi, littéralement « la dame qui remplit la bouche ».

Un hymne tardif, composé en l’honneur de cette déesse, compare le « versement de la bière » au « déferlement du Tigre et de l’Euphrate ». Le contraste entre ces célébrations débridées dans l’Antiquité et les polémiques actuelles dans le monde arabe n’en est que plus frappant. La prohibition par le Coran de « l’ivresse » (sakra) suscitée par des « boissons fermentées » (khamr) n’est pas seule en cause, car de nombreux pays arabes se sont dotés de leur propre brasserie.

De l’océan au Golfe

La liste des bières produites localement est en effet impressionnante du Maghreb au Machrek. C’est depuis 1919 que les Brasseries du Maroc, rebaptisées plus discrètement Boissons du Maroc, propriété du groupe français Castel, produisent la Flag et la Casablanca, très populaires dans le pays. En Algérie, la bière Tango, dont le groupe éponyme appartient à la multinationale Heineken, est plébiscitée par les consommateurs locaux. En Tunisie, la Stella et la Celtia sont produites respectivement depuis 1927 et 1951 par la SFBT (Société de fabrication des boissons de Tunisie), majoritairement contrôlée par Castel.

En Egypte, c’est dès 1897 que la Stella a été produite à la Brasserie des pyramides (al-ahram), non loin du Caire. Al-Ahram Beverages Company, nationalisée de 1963 à 1997, a désormais rejoint le groupe Heineken, tandis que l’iconique Stella est concurrencée par la Luxor d’une brasserie rivale. Toutes ces sociétés ont développé une offre de bières sans alcool, dont la commercialisation n’affecte pas le succès des blondes originelles.

Le Liban a vu fleurir sur le tard des microbrasseries artisanales, telles 961 Beer ou Elmir, mais l’effondrement économique du pays a frappé de plein fouet ce marché festif. La guerre qui fait rage dans la Syrie voisine a eu raison des deux piliers de la brasserie locale, Barada à Damas et Sharq (qui signifie « Orient ») à Alep. Quant à Seera, la brasserie historique d’Aden, prospère sous le régime socialiste du Yémen du Sud, elle avait déjà dû se reconvertir dans les boissons non alcoolisées, après l’unification du pays, en 1990, sous l’égide du Nord.

Il vous reste 52.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La reproduction totale ou partielle d’un article, sans l’autorisation écrite et préalable du Monde, est strictement interdite.

Pour plus d’informations, consultez nos conditions générales de vente.

Pour toute demande d’autorisation, contactez droitsdauteur@lemonde.fr.

En tant qu’abonné, vous pouvez offrir jusqu’à cinq articles par mois à l’un de vos proches grâce à la fonctionnalité « Offrir un article ».


6 novembre 2022, les articles de presse rassemblés et relayés par Patrice LEVANNIER



13 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout